On parle beaucoup de « sortir de sa zone de confort ». Comme s'il suffisait de faire un pas dehors, de prendre son courage à deux mains et de se lancer. Mais dans la réalité, le changement est rarement aussi simple. Parce que ce que l'on appelle parfois une « zone de confort » n'est pas toujours un endroit où l'on se sent bien. C'est parfois simplement un endroit que l'on connaît. Une situation dans laquelle on a appris à fonctionner. Une manière de vivre, de penser ou d'aimer qui n'est peut-être plus vraiment satisfaisante, mais qui a au moins l'avantage d'être prévisible.
Et parfois, on ne reste pas là où l'on est parce que l'on y est heureux.
On y reste parce que l'on a peur de ce qui pourrait arriver si l'on bougeait.
Le changement commence peut-être précisément à cet endroit-là.
Lorsque l'on cesse, petit à petit, d'organiser sa vie autour de ce que l'on cherche à éviter.
Ce que nous évitons finit parfois par diriger notre vie
L'évitement est un mécanisme profondément humain.
Nous évitons naturellement ce qui nous fait peur, ce qui nous met mal à l'aise ou ce qui risque de réveiller une émotion difficile.
Nous évitons une conversation pour ne pas provoquer de conflit.
Nous ne disons pas ce que nous pensons pour ne pas décevoir.
Nous repoussons un projet parce que nous avons peur d'échouer.
Nous ne rencontrons pas de nouvelles personnes parce que nous redoutons le rejet.
Nous restons dans une relation qui ne nous convient plus parce que l'idée de la solitude nous effraie davantage encore.
Nous n'osons pas changer de travail parce que nous ne savons pas ce qui nous attend après.
Sur le moment, éviter apporte souvent un soulagement.
La tension baisse. L'anxiété diminue. On se dit que l'on a bien fait d'attendre.
Et puis, la vie reprend son cours. Jusqu'à la prochaine fois.
Le problème, c'est que ce soulagement est souvent temporaire.
Car plus nous évitons une situation, plus notre cerveau peut apprendre qu'elle représente un danger.
Et plus nous évitons, plus il devient difficile d'y faire face.
C'est ainsi que certaines peurs prennent progressivement davantage de place qu'elles ne devraient.
Ce que l'on évitait pour se protéger finit parfois par nous enfermer.
L'évitement protège... mais il peut aussi nous limiter
En psychologie, l'évitement peut avoir une fonction protectrice.
Il n'est pas question de dire qu'il faut tout affronter, tout le temps, ou qu'il faudrait se forcer à faire des choses qui ne nous correspondent pas. Se protéger est parfois nécessaire.
Le problème apparaît lorsque l'évitement devient la seule stratégie disponible.
Lorsque chaque décision est prise en fonction de la peur.
« Je ne le fais pas parce que j'ai peur. »
« Je ne lui dis pas ce que je ressens parce que j'ai peur de sa réaction. »
« Je ne pars pas parce que je ne sais pas ce qui m'attend. »
« Je ne commence pas parce que je pourrais échouer. »
Peu à peu, la peur devient alors une sorte de boussole. Elle indique ce qu'il ne faut surtout pas faire.
Et sans même s'en rendre compte, on finit par construire une vie organisée autour de ses propres limites.
Le paradoxe, c'est que l'on peut alors avoir l'impression d'être libre tout en passant beaucoup de temps à éviter certaines expériences.
Le confort n'est pas toujours synonyme de bien-être
Il y a une différence entre ce qui est confortable et ce qui nous fait réellement du bien.
Rester dans une situation connue peut être rassurant. Mais ce qui est connu n'est pas forcément ce qui est bon pour nous.
On peut être habitué à se taire. Habitué à douter de soi.
Habitué à faire passer les autres avant soi. Habitué à anticiper le pire.
Habitué à accepter des choses qui nous blessent.
Habitué à remettre nos projets à plus tard.
À force, ces fonctionnements peuvent devenir familiers au point de nous sembler presque normaux.
Et parfois, ce n'est qu'au moment où l'on commence à envisager autre chose que l'on réalise à quel point on s'était adapté.
Le changement peut alors être déstabilisant.
Parce qu'il nous éloigne de ce que nous connaissons, même lorsque ce que nous connaissons ne nous convient plus.
C'est une des raisons pour lesquelles certaines personnes restent longtemps dans des situations insatisfaisantes.
Ce n'est pas parce qu'elles ne veulent pas changer.
Mais parce que le connu semble parfois moins menaçant que l'inconnu.
Pourquoi est-il si difficile de changer ?
Changer implique une part d'incertitude.
Et notre cerveau n'aime pas particulièrement l'incertitude.
Il cherche à anticiper. À prévoir. À contrôler.
À réduire le risque.
Alors, lorsqu'une situation nouvelle se présente, il peut rapidement imaginer tout ce qui pourrait mal se passer.
Et si j'échoue ? Et si je regrette ? Et si les autres me jugent ?
Et si je me trompe ? Et si je ne suis pas capable ?
Le problème est que l'on attend parfois de ne plus avoir peur avant d'agir.
Comme si le courage devait précéder l'action.
Mais, bien souvent, c'est l'inverse qui se produit.
On agit malgré une part de peur.
Puis on découvre progressivement que l'on est capable de traverser ce que l'on redoutait.
La confiance ne vient pas toujours avant le premier pas. Elle se construit parfois en marchant.
Sortir de sa zone de confort ne signifie pas se jeter dans l'inconnu
Il existe une différence entre se confronter progressivement à ce qui nous fait peur et se forcer brutalement à faire quelque chose pour lequel on ne se sent pas prêt.
Le changement n'a pas besoin d'être spectaculaire.
Il peut commencer par quelque chose de très simple.
Dire ce que l'on pense, alors que l'on a l'habitude de se taire.
Exprimer un besoin. Poser une limite.
Envoyer ce message que l'on repousse depuis plusieurs jours.
Prendre la parole. Demander de l'aide. Faire quelque chose seul.
Commencer ce projet que l'on remet toujours à plus tard.
Accepter de ne pas tout maîtriser.
Ce sont parfois de petits gestes. Mais ils ont une portée importante.
Parce qu'ils viennent modifier une croyance intérieure :
« Je ne suis peut-être pas obligé de continuer à faire comme avant. »
Le changement commence souvent par une question
Et si le véritable changement ne consistait pas à devenir quelqu'un d'autre ?
Et si le premier pas était simplement de regarder autrement ce que l'on évite ?
De quoi ai-je peur, exactement ? Qu'est-ce que j'essaie de protéger ?
Qu'est-ce que cet évitement m'apporte aujourd'hui ?
Et surtout : Qu'est-ce qu'il m'empêche de vivre ?
Ces questions peuvent être inconfortables. Mais elles permettent parfois de déplacer le regard.
Car derrière certains blocages se cachent des peurs anciennes, des expériences douloureuses, des croyances construites au fil du temps.
« Je ne suis pas assez bien. » « Je vais forcément être rejeté. »
« Je ne peux pas y arriver. » « Si je déçois les autres, je serai seul. »
« Si je lâche le contrôle, tout va s'effondrer. »
Ces pensées peuvent sembler être des vérités.
Elles sont pourtant parfois des interprétations que nous avons fini par considérer comme des certitudes.
Les questionner, c'est déjà commencer à ouvrir une autre possibilité.
Accepter l'inconfort plutôt que d'attendre qu'il disparaisse
Le changement demande rarement de ne plus avoir peur.
Il demande plutôt d'apprendre à faire une place à cette peur.
À accepter qu'une nouvelle expérience puisse être inconfortable sans être nécessairement dangereuse.
C'est une nuance importante. Parce que si l'on attend de se sentir parfaitement prêt, parfaitement confiant et parfaitement serein avant d'agir, il est possible d'attendre longtemps.
Parfois, il faut accepter une part d'inconfort pour découvrir quelque chose de nouveau.
Une nouvelle capacité. Une nouvelle manière de se positionner. Une autre façon d'entrer en relation.
Ou simplement la découverte que ce que l'on redoutait tant était finalement traversable.
Le but n'est pas de ne plus jamais avoir peur.
Le but est de ne plus laisser systématiquement la peur décider à notre place.
Et si le changement commençait ici ?
Il y a peut-être, dans votre vie, quelque chose que vous évitez depuis longtemps.
Une décision. Une conversation. Une séparation. Un projet. Une rencontre.
Une limite à poser. Une peur à regarder autrement.
Cela ne signifie pas qu'il faut tout bouleverser. Ni qu'il faut agir immédiatement.
Mais peut-être peut-on commencer par observer.
Observer ce que l'on évite. Comprendre pourquoi.
Et se demander, avec honnêteté :
« Est-ce que cette peur me protège encore... ou est-ce qu'elle m'empêche désormais d'avancer ? »
Le changement ne commence pas toujours par un grand saut. Parfois, il commence par un petit déplacement intérieur.
Le moment où l'on cesse de fuir. Le moment où l'on accepte de regarder ce que l'on a longtemps préféré éviter.
Et peut-être que c'est là que quelque chose commence à changer.
La peur n'aura pas forcément disparu. Mais elle ne sera plus seule à décider du chemin.
Peut-être que sortir de sa zone de confort, ce n'est finalement pas aller plus loin.
C'est simplement arrêter de vivre en fonction de ce que l'on cherche à éviter.
Ton psy Sylvain